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Stories L’Incident Johnny

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Johnny Matlock, Episode 2

1ère partie - Au commencement…

/temps galactique 4.1-5/
> Rapport du chef de meute du système solaire 547/5 au présidium IV >


]] Rapporteur, la Terre du XXVe siècle s’apprête à se débarrasser définitivement de l’humanité. Tous nos indicateurs nous confirment la déliquescence de cette race. Le conflit avec son milieu nourricier et la paralysie due à la circulation de leurs unités mobiles annoncent la nécrose probable de leurs unités de vie ; nos agents infiltrés sur la planète prédisent la relève prochaine de la position dominante par une race au potentiel inférieur qui ne devrait pas opposer de résistance significative à notre lien symbiotique. La Terre semble être mûre pour le ralliement au Grand Lien Unifié Périphérique Suintant (GLUPS). Je préconise donc au présidium l’envoi prochain d’une mission d’assimilation sur la Terre.
]]
::: Rapport chiffrés joints :::

/temps galactique 5.8-1/
> communication du rapporteur du présidium IV au chef de meute du système solaire 547/5 >

]] Le GLUPS vous protège, chef de meute. Nous avons pris connaissance de vos rapports concernant la planète Terre. Vous avez autorisation de lancer l’offensive osmotique : Le GLUPS est grand, le GLUPS est beau, le GLUPS vous aime…
]]

/temps galactique 6.2-9/
> Rapport du surveillant de balise des lunes de Saturne au chef de meute du système solaire 547/5 >


]] Ô grand chef de meute, je vois l’avenir se dessiner de mon poste d’observation avancé : vous avez déclenché l’offensive sur le système Terrien ; votre nom restera gravé dans l’histoire du GLUPS !
Pensez à moi quand vous serez riche et puissant.

Accessoirement, je viens de détecter un léger dégagement de radiations « q » au voisinage de la planète des humains. Je pencherais pour la déclaration tant attendue du conflit final humain si ce dégagement n’était accompagné d’une polarisation inhabituelle des solénoïdes à rotation bilinéaire… Plus clairement, je ne pense pas qu’ils aient l’intention de s’entretuer dans l’immédiat.
J’espère ne pas vous avoir gâché la journée galactique…
]]

Terre – France – Aubervilliers – Hôpital Psychiatrique Municipal – Mardi – 09:24

Johnny Matlock attend son premier rendez-vous avec le Docteur Schwarzenegger. Il est nerveux ; sa jambe s’agite frénétiquement, en rythme.
Le Docteur s’approche :
— Bonjour Johnny ! Vous êtes musicien ?
— Comment avez-vous deviné ?
— C'est un métier…
Le Docteur Schwarzy le fait entrer.
— Comment ça va Johnny ?
— Pourquoi je suis là ??
— Johnny… On vous a surpris en train de bricoler votre frigo…
— Il n’est pas interdit de bricoler son frigo !
— Sauf quand on le branche sur le central téléphonique…
— Bon. Et alors ?!
— Vous prétendiez vouloir ainsi fabriquer une arme pour combattre les extra-terrestres.
— Je vous assure qu’ils préparent quelque chose !
— Vous persistez… Ce n’est pas comme ça que vous allez sortir !
— Mais je vous assure…
— Toujours est-il que votre frigo est entre les mains de la police : il produit des interférences bizarres… Que lui avez-vous fait ?!
— Je sais pas… Chais plus… Me rappelle pu…
— Il faudra vous rappeler ; les services ultra-secrets me demandent des résultats : vous ne sortirez pas avant que je les obtienne…
— …
— Allons ! Faites un effort !
— C’était plus fort que moi, comme si on me dictait…
— Continuez…

Terre – France – Paris 3e – Sous-sol du Musée d’Orsay - Mardi – 10:02

La labo ultra-secret des services ultra-secrets de contre-espionnage des musées examine le frigo de Johnny avec attention : le ministère veut savoir pourquoi…
— Pourquoi quoi ??
— T’occupe ! Le chef nous a dit qu’il voulait savoir pourquoi et j’ai pas l’intention de le contrarier...
— Bon ok. Mais ça va pas être simple de trouver si on sait pas ce qu’on cherche…
— Réfléchis : ya qu’à trouver ce qu’on ne cherche pas ; ainsi on saura pourquoi !
— Pas con…
— Tiens ! Passe-moi la clé de 12… bon… Où est le moteur ??
— Sur ces modèles il est à l’arrière.
— Ah oui ! Bien vu… J’ai pu l’habitude des frigos, moi…
— Mon beau frère en vend, alors tu penses… D’ailleurs si ça t’intéresses…
— Tu sens cette odeur ?
— Ouais… ça renifle !!
— Regardes ! qu’est-ce qu’un maki sushi fout au beau milieu du moteur ?? On dirait que ce taré l’a branché sur la pompe à chaleur ! Attends ! je vais le débrancher… Voila … juste enlever le bout d’algue qui… KSHHHHHHHHHHH !!!!!
— Kestafait lucien ?!
— BLBLBLBLBLBLBLBL- PSHHHHHHHHH – CLAK !
— Lucien ?!
Lucien ne répond plus… Il clignote. Son corps émet des ondes à haute fréquence en direction de la ionosphère terrestre… Une écoeurante odeur de poisson cru de répand déjà dans les sous-sols ultra-secrets…

Terre – France – Studios de Canal Chimie / journal du soir – un mois plus tard

… et passons maintenant au sujet du jour : le bonheur de la population.
La population est heureuse, l’indice de bonheur est au beau fixe depuis plusieurs semaines ; on est bien, heureux, tranquilles, et je n’ai rien à vous annoncer puisque tout va bien. En fait je m’ennuie un peu. Je me demande à quoi je sers d’ailleurs… Je crois que je vais aller à la pêche ce week-end… Ouais un peu de pêche et puis une petite sieste… Bon je vous rappelle les titre du journal : tout baigne, ya rien qui va mal et je crois bien que je vais démissionner…
Mesdames et messieurs bonsoir !

/temps galactique 2.7-3/
> > rapport du chef de meute du système solaire 547/5 au présidium IV >


]] Rapporteur, il semble que tout ne doive pas arriver sur Terre comme prédit dans les oracles du GLUPS (béni soit-il).
Mes agents sur cette planète m’ont annoncé de grands changements du comportement de la population : au lieu d’une sur-pollution et d’une aggravation des conflits, les agents font état d’un calme et d’une baisse de l’activité antibiologique sans précédent. La population semble vivre sans difficulté, le taux d’agressivité dans l’air a considérablement diminué et l’atmosphère de ce monde se régénère d’heure en heure.
Rapporteur, j’ai peur…
]]

/temps galactique 8.8-8/
> communication du rapporteur du présidium IV au chef de meute du système solaire 547/5 >


]] N’ayez pas peur chef de meute !! Vous êtes tout de même un chef de meute… Ces changements dans l’attitude de la population humaine sont forcément un signe de décadence avancée de leur civilisation. Il ne saurait en être autrement : Le GLUPS nous l’aurait annoncé. Vous savez comment il peut être parfois… Je vais demander tout de même à une patrouille spectrale d’agents très spéciaux de remonter le continuum jusqu’à Terre pour inspecter cette race qui ne veut pas décader.
GLUPS RULZ !!!
]]

/temps galactique 9.4-1/
> journal personnel des agents très spéciaux en mission très spectrale - communication au rapporteur du présidium IV >


]] Tout d’abord, Rapporteur, un crash inopiné du journal personnel de l’agent Orange nous oblige à vous envoyer un journal commun sur le mien (je suis l’agent Rose).
Maintenant notre rapport.
Nous avons remarqué que les humains ne roulaient plus, ne volaient plus et ne marchaient plus. Nos avons cru d’abord à une mort collective puis, au milieu de notre enthousiasme, nous avons réalisé qu’ils étaient tous vivants, nos détecteurs n’ayant rien détecté. La déception passée, nous avons étudié leur comportement.
Nous nous sommes aperçus qu’ils utilisaient un petit appareil appelé translocateur. Oui Rapporteur vous avez bien compris : ils ont une technologie qui outrepasse la nôtre. Il ne faut plus attendre de désastre écologique : ils auront tout résolu d’ici trois années glupsiennes (5 mois terriens).
J’espère ne pas être destitué tout de suite pour les mauvaises nouvelles que j’apporte ; j’ai un crédit pour mon refuge sur la 3e lune de Rigel, et deux femelles à nourrir…
Vive le GLUPS, ouaiiiis…
]]

2e partie - Antésushi

Terre – France – Aubervilliers – pavillon de Johnny Matlock – Dimanche – 12:34
Six mois plus tard.


— Johnny ! Debout !
— Hein ?!
— Lève-toi ! Ils parlent de ton invention à la télé !
— Quelle invention ?!
— Ton frigo-sushi !! Ils va rentrer au musée Grévin !
— Quels cons…
— Allez ! viens voir…
— Bon.

« …et voici l’invention historique pour le bonheur de l’humanité, le graal des conducteurs de bus, la sainte relique des usagers du métro : le FRIGO-SUSHI !
[applaudissements]
Oui aujourd’hui la superbe invention de l’illustre Johnny Matlock va enfin recevoir la consécration, la reconnaissance ultime, il rentre au musée Grévin… Alors nous allons demander un commentaire au sponsor de notre émission… »

— Quels cons…
— Ils te rendent hommage chéri !
— Tu parles j’ai pas touché une thune sur le truc…
— Oui mais t’es célèbre !
— M’en fous. J’avais fait ça pour combattre les aliens. Mais le Docteur m’a bien dit qu’il y avait pas d'aliens, que c’était dans ma tête. J’ai compris tu sais ! je vais beaucoup mieux maintenant…
— Oui chéri, je sais…
— Ça n’aurait jamais marché de toute façon…
— Ah ?
— Oui, le sushi était pas frais…
— N’empêche que ton invention a permis à tout le monde de se téléporter partout ! Le Translocateur a Sushi a changé l’humanité ! Oh chéri, je t’aiiiime !...
— Pas fait exprès…
— De quoi ??
— Le transmachin à sushis… Allez, passe-moi ma guitare !... Je me demande tout de même ce qui s’est passé dans ce frigo…

Terre – France – Paris 3e – Système Central de Contrôle de la Trans-Sushi-Location - Sous-sol du Musée d’Orsay - Lundi – 02:28

— Chef !! Ya un truc bizarre sur les écrans de contrôle…
— Ouais je sais, ya ton happy-meal qui traîne depuis hier…
— Vous devriez venir voir — vraiment !
— Oh ! D'où vient ce visage ?! Localise la source de la transmission !
— Déjà fait : ça vient de l’espace trans-planétaire !…
— Cette femme ne peut pas exister ; c’est une création du système…

KSHHHHHHHHHH !!!

— Ya de la friture…
— Elle bouge les lèvres !

Je suis le premier rempart de l’humanité
Je suis la mère
Je suis l’enfant
Je suis la vie
Je suis le Sushi
Je suis le Super Lien Unifié Rustique Permanent (SLURP)
Je suis l'Antésushi…
Venez à moi…


Les écrans de contrôle se mettent à luire de plus en plus fort, la pièce blindée s’illumine d’une lumière blanche éclatante tandis qu’une forte odeur de poisson cru et d’algue emplit l’air conditionné. L’opérateur et son chef sont aspirés à l’intérieur de la console qui s’est ouverte en deux, et se referme en grand bruit sec. Un long bourdonnement sourd… Tout d’un coup, la console éclate et rejette un énorme sushi aux dimensions parfaites :
1 par 4 par 9

Le mono-sushi d'un noir sombre trône au milieu de la pièce désormais scellée par le rayonnement et commence à émettre en direction de l'extérieur du système solaire…

/temps galactique 6.4-6/
>> Dernier rapport du chef de meute du système solaire 547/5 au rapporteur du présidium IV >


]] Rapporteur, ici le chef de meute du système 547/5.
J’apporte des nouvelles bien sombres… La Terre semble avoir mis au point un lien concurrent du G.L.U.P.S. : Le Super Lien Unifié Rustique Permanent (S.L.U.R.P.)
Ce lien s’étend de plus en plus : il couvre désormais le système solaire 547/5 tout entier et accélère son extension.
Nous avons abandonné l’idée d’assimiler la Terre depuis longtemps, mais si ce lien continue sa progression vers le centre de la galaxie, c’est la Terre qui nous assimilera ! Dans approximativement 1,34 années glupsiennes (3 semaines terriennes) l’amas glupsien sera touché. Je ne peux vous donner de solution pour contrer cette menace et, en signe de contrition, je vais m’autodétruire avec mon astéroïde-espion.
ADIEU
(le GLUPS est grand…)
]]

/temps galactique 2.7-6/
> communication du rapporteur du présidium IV aux meutes avancées du GLUPS >


]] Le Chef de meute du système solaire 547/5 a mis fin a sa mission au sein du GLUPS : son sacrifice ne sera pas oublié. Nos services ultra+secrets ont mis au point une arme ultra+secrète dérivée du GLUPS : Le Brillant Ustensile Rutilant Percutant Secret (BURPS).
Je ne doute pas que le BURPS ne fasse qu’une bouchée du SLURP.
Glupsiens, nous vaincrons !!
GLUPS RULZ !
]]

/temps galactique -.- -/
> Vide intersidéral - >


BURPS !

SLURP !

BURPS !

SLURP !

BURPS !
BURPS !
BURPS !
BURPS !

SLURP !
SLURP !
SLURP !
SLURP !

SLURP — BURPS SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — SLURP — BURPS — — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — BURPS — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP — SLURP !!!

GLUPS !

3e partie - L’infini…

Espace – confins du système solaire – Vaisseau du SLURP “Yakitori” – 2124

Le Yakitori poursuit sa mission de cinq ans d’exploration des planètes de la galaxie propices à l’exploitation du sushi, source principale d’energie pour le SLURP…
Après avoir dépassé Saturne en trombe, le Capitaine Matlock a mis le cap sur la nébuleuse du Thon, où ont été détectées des traces de riz vinaigré…
— Capitaine !
— Oui, Lieutenant Soya…
— J’ai terminé mon étude des premiers temps de la propulsion Sushi !
— Très bien. Et qu’avez-vous retiré de cette étude ?
— Eh bien, euh… Hem ! J’ai fait une découverte dont je voulais m’entretenir avec vous.
— Continuez…
— Eh bien j’ai découvert que votre arrière-grand-père, Johnny Matlock, avait, après sa célèbre invention, passé du temps dans un hôpital psychiatrique, celui d'Aubervilliers...
— Hum, Lieutenant ! je suis au courant, gardez-ça pour vous…
— Euh… oui ! bien sûr, capitaine…
BZZZZ salle des machines !
— Matlock, j’écoute…
— Un problème monsieur ! Nous sommes bientôt à court de riz gluant et la propulsion sushi risque de s’éteindre !
— Qu’est-il arrivé à nos réserves ?!…
— Nous venons de rentrer dans le système du Panda, et le moteur a sushis s’est mis à fonctionner irrégulièrement ! Je peux réparer mais nous devons faire halte très vite et attendre une citerne.
— Bon. Mettez le cap sur la planète la plus proche.

Espace – système Panda – Planète Tekka - Vaisseau du SLURP “Yakitori” – 2124

— Capitaine ! L’équipe de reconnaissance vient de trouver des traces d’une civilisation disparue !!
— Encore ? bon… Visuel !
— Capitaine, nous avons trouvé des installations laissant penser que ces aliens vivaient selon un lien comparable au nôtre ! Et les relevés montrent qu’ils se sont éteint dans une catastrophe remontant à l’époque où le lien s’est créé sur Terre ! C’est troublant…
— Ouais, ouais, super… Mais on va pas y passer la nuit hein ! Dépêchez-vous, la propulsion est réparée et j’ai un golf demain sur l'astéroïde Nothomb, dans le système Tach, ça m’ennuierait d’être en retard…
— Bien capitaine…
— Lieutenant Soya !
— Monsieur ?
— Je serai dans mes appartements : dîtes à Maki de me rejoindre…
— Le chien Monsieur ??
— Non Soya, pas le chien, la masseuse !!
— Oui, Monsieur !…

Stories IcURoK

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Klaus rentrait à pieds, comme tous les soirs, de l’opéra de Manaus. Son costume de plastique rigide triangulaire lui rentrait dans les omoplates ; il avait pris un peu de poids. Les pirogues étaient clouées à quai : l’Amazone était trop acide. La chaleur tropicale s’était atténuée vers le soir et son nœud papillon, géant, ne lui tenait plus aussi chaud que pendant la représentation.
La dernière de la saison. Le climat ensuite deviendrait difficile, voire toxique. Des brumes se lèveraient des profondeurs du cloaque amazonien ; des vapeurs nauséabondes s’abattraient sur les agglomérations du littoral caribéen ; beaucoup d’espèces disparaîtraient de la région pour plusieurs mois.
Klaus partirait aussi. D’autres opéras le demandaient : les chanteurs-mimes avaient beaucoup de succès en cette année 2058 : la pollution débordante de la planète, les températures excessives de ce milieu de siècle désaccordaient les instruments trop vite ; les sons des voix étaient étouffés ; ce qu’on entendait n’en valait pas la peine. On s’était donc résolu à faire mimer les opéras. Des armées de mimes avaient été recrutées par les opéras du monde entier. Les puristes, nostalgiques de l’époque vocale, avaient fait pression pour qu’on les accoutre de costumes voyants les rendant instantanément identifiables et différents des chanteurs : un triangle de plastique rigide noir et blanc sur le torse ; un justaucorps noir sur des cothurnes sombres ; des gants blancs ; un nœud papillon noir. Trois pointes de cheveux dressées vers le haut complétaient un maquillage blafard et des lèvres carmines.
Klaus était de ceux-là. Il avait volé hors de son Berlin natal et avait élu domicile là où on avait besoin de lui : à Manaus, Brésil... En remontant les chemins terreux de l’Amazonie, il repensait au métier de poubelier qu’il avait laissé derrière lui trois années auparavant. Ramasser les déchets humains au sortir d’un salle d’opération ne l’avait jamais transporté d’enthousiasme, mais il avait aimé cette vérité crue qu’on trouvait dans les organes fraîchement détachés : ils portaient leur sens dans tout leur être. Pas de subtilité superflue dans leur jeu de scène, pas de discussions passionnées à la fin de la représentation, jamais autre chose qu’une fonction, remplie ou non.
Klaus se sentait maintenant comme ces organes inutiles d’autrefois : il avait une fonction, au moins pour le moment. Comme tous ces autres chanteurs-mimes, affublés d’une camisole rigide et obscène. Cette subtilité et ce raffinement qu’il mimait lui étaient étrangers. Il était en représentation, même hors la scène.
Il arriva bientôt en vue de son casier. Sur une aire dégagée, à l’écart du fleuve, le gouvernement de Sudamérique avait aménagé des alvéoles hexagonales, suffisantes pour les fonctions vitales des employés de passage. Des dortoirs : Klaus s’y rendait chaque soir. Il pénétrait le nid d’abeille étroit et profond ; laissait son corps filiforme s’extraire doucement de son carcan rutilant, son justaucorps noir occulter la lumière immense qui baignait les trous à sommeil. Cette fois, encore, il déchaussa ses cothurnes sombres, se lova sur la couchette de moleskine. S’endormit.
Il se réveilla dans une pénombre inquiétante. Son alvéole ne perdait jamais sa lumière ; il était arrivé quelque chose d'étrange. Il toqua à la paroi du compartiment. Le bruit ne lui était pas familier. Un bruit trop naturel. Un bruit non étouffé - un vrai bruit. Klaus n'était plus habitué à ces bruits-là. Comme tous les habitants de sa moitié du 21e siècle, il avait appris à vivre dans une atmosphère aux sons déformés. Les sons avaient changé et il allait découvrir pourquoi.
Klaus passa ses doigts gantés sur la surface : la texture lui fit penser à du bois ; il suivit les veinules de la paroi et découvrit une ouverture sur le côté. Il força et finit par entrouvrir le panneau : dehors la lumière était intense, avec une odeur de renfermé. Il poussa plus fort et soudain le panneau céda dans un vacarme assourdissant : il s'effondra sur le sol. Passé l'éblouissement, Klaus se releva et observa l'endroit d'où il venait de s'extraire : un énorme cercueil dont le bois vieilli avait explosé en un millier d'échardes.
Il découvrit le lieu dans lequel il se trouvait : une cathédrale. Elle semblait familière. Klaus se remémora ces holophotos qu'il avait regardées sur les monuments d'Europe : c'était Notre-Dame de Paris. La lumière de la Lune projetait ses rayons à travers les vitraux sur les gisants de la nef. La grande rosace striait de taches de couleurs l'espace central de la cathédrale. Seules les alvéoles des côtés ne recevaient aucune lumière.
De sa pénombre, il reconnut des formes sur les bancs enlunés ; un chœur en train de chanter. La fumée d'un cigare se détachait lentement du renfoncement de la paroi : un homme attendait là. Sa casquette de marin était sans âge, et son regard sombre ne laissait passer aucune émotion. Il déplaça sa longue silhouette devant Klaus. Sa voix était chaude et envoûtante :
– Je m'appelle Corto. Je t'attendais.
– Warum ?! Ou suis-je ? Quel est cet endroit ?!
– Nous sommes en 1980, et nous n'avons plus beaucoup de temps. Ta deuxième vie est devant toi. Tu as changé d'époque.
– Mein gott !
– Suis-moi.
Ils avancèrent le long du transept.
– Was ? Qui sont ces chanteurs à la voix si magnifique ??
– Des claustrats. Ils viennent du futur. Ils vivent enfermés toute leur vie, et chantent avec dans leur âme la nostalgie du dehors – ils sont ici pour une autre mission. Aujourd'hui, ils chantent ta venue.
– Quel honneur...
– Tu le mérites.
– Nein ! Je suis chanteur-mime : je ne mérite rien.
– Tu vas apporter beaucoup à ce siècle.
– Je suis juste un homme simple, je fais ce que je peux.
Ils sortirent de la cathédrale au milieu de la nuit. Le long caban de Corto ondulait dans la brume, leurs pas résonnaient et la Lune faisait briller le plastron blanc de Klaus ; ses lèvres reflétaient la lumière blafarde ; ses trois pointes de cheveux verts se courbaient dans le vent. Entendant la qualité du son sur l'esplanade, il entrouvrit ses lèvres qui chantèrent leur premier son...

La scène immense dominait une mer de spectateurs. Klaus occupait la scène du stade de Berlin et la remplissait entièrement. Sa frêle silhouette encastrée dans une carapace noire et blanche émettait des sons d'une pureté inouïe. Sur ses modulations lyriques venaient se calquer des rythmes rocks et des claviers disco. Le public n'avait jamais entendu ça. L'hystérie gagnait lentement la plèbe. Une vague parcourut la surface humaine et se termina par une explosion de cris : des milliers de berlinois venaient de se transformer en chanteurs-mimes. Les bras et les jambes se levaient et s'abaissaient périodiquement au diapason de ceux de Klaus ; les têtes tournaient leurs yeux fixes vers le haut et le bas, le ciel et la terre ; une foule, d'un seul homme, était devenue automate.
Dans le contrebas de la scène, Corto, impassible, assistait au phénomène en rallumant un vieux cigare. Il agitait périodiquement dans sa main une amulette d'ambre ciselée. Il la serra d'un coup sec du poignet et la rangea dans sa poche. Il quitta les coulisses d'un pas décidé.

Corto se hâtait dans les couloirs de l'hôpital. New-York était paralysé par la circulation et il n'avait pu arriver assez vite quand on l'avait prévenu du nouveau malaise de Klaus. Cette fois il avait été transporté à l'hôpital.
Deux années qu'il voyageait à travers le monde avec son chanteur-mime ; deux années a faire connaître le talent de Klaus. Depuis quelques mois, Klaus avait paru fatigué, épuisé. Corto lui avait fait diminuer le rythme de ses représentations, avec peine. Corto rentra dans la chambre doucement.
Klaus était allongé sur le lit. Il n'avait plus son costume rigide en plastique. Ni ses vêtements noirs. Pourtant, il avait conservé son maquillage. Corto s'approcha du lit et prit la main de Klaus. Celui-ci tourna lentement ses yeux sombres et profonds vers son ami.
– Il me reste peu de temps, mein freund...
– Je m'en veux de t'avoir amené ici ; ce n'était pas ta place.
– J'ai vécu deux vies grâce à toi. Je ne regrette rien.
– Ont-ils découvert ce dont tu souffres ?
– Nein...
Corto s'éloigna du lit et regarda par la fenêtre de la chambre.
– Je ne te laisserai pas finir ainsi. Il doit y avoir un moyen.
– Sheisse !!! Les médecins ont dit : pas d'espoir.
– Je ne suis pas médecin.
Corto sortit de la chambre d'un pas décidé.

Le temps était frais cette nuit-là sur l'esplanade de Notre-Dame. Une musique mystérieuse et hallucinée sortait de la gueule des gargouilles pour se perdre dans les brumes nocturnes. Corto remonta le col de son caban et déplia le journal de la veille. Dans l'édition datée du 6 août 1983, on pouvait lire que le chanteur   Klaus Nomi était mort d'une maladie mystérieuse, dont les médecins ne savaient encore rien. On parlait d'une épidémie mondiale. Corto referma le journal, fixa les tours de Notre-Dame.
– Non, Klaus, tu ne vas pas mourir...
Il fit un signe à trois silhouettes graciles au visage encagoulé ; celles-ci sortirent d'un alignement d'arbres en soutenant un sarcophage cylindrique d'acier chromé. La procession pénétra dans la cathédrale silencieuse et sombre. La Lune envoyait de nouveau sa lumière bleutée à travers la grande rosace, comme deux années plus tôt.
Les silhouettes, sur un geste de Corto, déposèrent le sarcophage au centre de la nef, sur une châsse entourée de pointes acérées. Sur le pourtour de la nef, des murs d'appareillages et de panneaux de commandes étaient disposés en cercle. Les silhouettes commencèrent de s'activer sur les commandes. Un bruit monta, d'abord sourd puis bientôt assourdissant. Des éclairs jaillirent des pointes entourant le sarcophage et dessinèrent des arabesques sur l'acier chromé. Celui-ci se nimba d'une lueur bleutée ; il devint translucide.
Le corps frêle et calme de Klaus apparut à travers la paroi phasée qui s'illumina, vacilla. Corto s'avança lentement vers le sarcophage et passa la main sur la paroi bleutée :
– Adieu, Klaus.
Le corps de Klaus vacilla un peu plus puis disparut. Le son s'arrêta net, et la lumière quitta la cathédrale Notre-Dame.

Le signal fut donné par le Soleil.
Sur la grande place de Brasilia, des centaines de chanteurs-mimes s'étaient rassemblés. On allait jouer le grand opéra écrit par Klaus, le premier chanteur-mime vocal. Maintenant, c'était le jour de la Grande Eclipse, et on allait jouer son opéra. Et tous les chanteurs-mimes, en hommage, allaient participer. La musique rythmée commença, les chanteurs-mimes balancèrent de gauche à droite, levèrent alternativement les bras gauche et droit, avancèrent dans un ensemble parfait. Le ballet se déplaça dans l'agencement très ordonné de la capitale brésilienne, dépassa une grande tour élancée, et les chanteurs-mimes entonnèrent d'une seule voix :


Total eclipse, it's a total eclipse, on your lips... Total eclipse...

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Stories Matlock vs Matlock

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Johnny Matlock, Episode 4


Générique

« Espace, l’ultime frontière… Voici les voyageurs du vaisseau spatial Yakitori. Leur mission de cinq ans : explorer de nouveaux mondes, et trouver de nouvelles ressources de wasa-bi et de sushi aux confins de la galaxie… »

Le courrier cosmique

BZZZZ
– Capitaine Matlock ! vous êtes demandé sur le pont principal !
– Maguro, débrouillez-vous : je suis occupé…
BZZZZ
– Capitaine, c’est urgent !
– Quoi, encore, Maguro ?
– Un danger menace le Yakitori, Capitaine ! Votre présence est indispensable !
– Bon OK, j’arrive… Terminé ! Maki relève-toi ! Faut que j’aille bosser…
Après de longues minutes a arpenter les couloirs parsemés de conduits d'énergie wasabique, le Capitaine Johnny Matlock, l'honneur de Starflip et du neo-punk-rock, arrive sur la passerelle principale :
– Lieutenant Maguro, vous avez interrompu ma séance quotidienne de massages Slurpesques : z’avez intérêt à avoir une excellente excuse…
– Un Puits Gravitationnel Supra Discret a tribord ! Il semble être d’un nouveau type : il est tapissé de courrier sur ses bords !
– Du courrier, Maguro ?! dans ce coin de la galaxie ? comment est-ce possible…
– Je ne sais pas… c’est un mystère.
– Oui je sais, mais encore ?
– Un mystère est un mystère, Capitaine.
– Vous pourriez au moins chercher…
– Çà n’est pas dans mon contrat !
– Vous êtes encore officier sur ce tas de ferraille ? oui ou non ?!
– Un contrat est un contrat est un contrat, Capitaine…
Le Capitaine Matlock soupira. Depuis que le Slurp avait été intégré au sein de StarFlip, plus rien n’était comme avant. Il lui prit une furieuse envie de tirer les oreilles de Maguro mais il se rappela au dernier moment que, chez les Ferengis,  les oreilles étaient des zones érogènes…
– Poussez-vous, Maguro, je m’en charge…
Le grand Johnny Matlock remonta les manches de son costume en lycra jaune quarante deniers et se mit au travail sur le superfulminateur à fusion tiède du pont principal. Sur l’écran vert du superfulminateur à fusion tiède se dessinaient déjà les contours du Puits, sa forme en bonde d’évier émaillé, son rayonnement aveuglant et, à peine discernables à cette distance, les kilomètres cube de courrier qui jonchaient sa surface intérieure.
Les relevés du superfulminateur étaient formels : le courrier d’une planète entière s’engouffrait lentement dans le Puits tel un fleuve de lave aux portes de Pompéi.
Le Capitaine lâcha le superfulminateur, se recula et fixa l’écran principal avec une mine contrite. L’arrière-grand-oncle de Matlock avait été postier et, tout jeune déjà, le petit Johnny avait reçu de cet aïeul la passion bleue et jaune du courrier bien acheminé. La vision de tant de lettres qui n’iraient jamais illuminer la vie de leur destinataire lui serrait la gorge. Il héla le timonier :
– M. Zulu !
– Oui, Capitaine ?
– Enclenchez le rayon tracteur. Nous allons ramener tout ce courrier vers la civilisation…
Le nouvel officier scientifique du vaisseau jugea alors opportun d’intervenir :
– Capitaine, le champ gravitationnel du Puits est trop important pour notre rayon tracteur !
– M. Clock, suggérez-vous que ce champ soit trop grand pour notre tracteur ?
– En fait, c’est exactement ce que j’ai dit, Capitaine… En effet, la logique nous dicte de laisser ce fleuve épistolaire à son destin tragique et de voguer vers notre noble quête du Wasa-Bi. Le destin de la Terre et de la Fédération Sushite est en jeu…
Johnny Matlock, fort de l’héritage de plusieurs générations de postiers et avant eux de bien plus de générations encore de guitaristes neo-punk-rock affecta une moue amère et fière à la fois, une moue remplie de l’honneur d’éons de Matlock ayant donné leur sang pour le sushi : 
– M. Clock, vous êtes un Vulcain, vous n’avez pas d’émotions. Le peuple de la planète Vulcain ne peut comprendre ce que peut ressentir un postier devant ce spectacle : je ne vous en veux donc pas… Ceci dit, exécutez mes ordres !
– Capitaine Matlock. Je suis un Vulcain, j’obéis à la logique… et vos ordres ne sont pas logiques.
– Clock, vous tracterez ce courrier, dans le vaisseau ou en dehors. Votre choix ?
– Tracteur enclenché, Capitaine !
– Pas trop tôt. Enclenchez l’impulsion répulsive a 40 %… M. Zulu, on le tracte maintenant ce foutu courrier ou on attend le printemps ?
– Cap sur coordonnées 1.7.8.2.54.5, rayon tracteur 99,6%, impulsion répulsive 98,7%, c’est parti !
Le vaisseau s’ébranla tout d’un coup. Le rayon tracteur était d’une puissance phénoménale et il aurait pu tracter bien des cargaisons de sushi et encore bien plus de Wasa-Bi. Le fleuve de courrier en fusion frémit, il ralentit son cours inexorable et on put croire, l’espace de quelques spatio-secondes, que la volonté de Johnny Matlock serait faite dans le ciel comme sur Terre… mais c’était sous-estimer le pouvoir de ce torrent sidéral et postal. Sous-estimer le pouvoir de l’élan qu’avaient communiqué chaque auteur à sa missive.  Sous-estimer la force cosmique qui poussait tous ces courriers vers le néant phatique : Le Yakitori amorça un lent mouvement vers le Puits honni :
– Zulu ! Qu’est-ce que vous foutez ?! Je vous ai demandé une marche avant ! Vous voulez une notice ?
– Capitaine, l’énergie du Puits est trop grande… Je crois que le flux de courrier ajoute de l’énergie à l’anomalie… Notre sort est scellé…
– Ne me piquez pas mes répliques, Zulu, ou je vous fais bouffer vos dreadlocks ! Bon, Clock, vous avez une idée ? Je crois bien que, cette fois, notre sort est scellé…
– Hmmm, Capitaine, la logique nous dicte de remettre notre destin entre les baguettes du Grand Sushi.
– C’est tout ce que vous dicte votre logique ?
– Vous voulez vraiment le savoir, Capitaine ?
– Non ça ira…
Le grand Capitaine Johnny Matlock s’affala dans son fauteuil de Capitaine et attendit l’inexorable avec la sérénité du za-zen face au yeti hyperactif. Leur sort était scellé…

Le Puits Gravitationnel Supra Discret

Un horrible bruit de succion se fit entendre dans le vaisseau spatial de StarFlip au moment précis où le Puits aspira le Yakitori. Un long rôt grave et cosmique suivit après que le vaisseau eut franchi les portes de l’anomalie. Il n’en fit qu’une bouchée…
Les parois du vaisseau se mirent à onduler, la structure même du temps et de l’espace se modifia. Tous les plans de réalité se mêlaient. Chacun pouvait voir à travers les murs - M. Clock découvrit à cette occasion des détails intéressants de l’anatomie de ses jeunes subordonnées surprises sous leur douche par l’événement inattendu. Il nota mentalement de poursuivre cet examen plus profondément une fois leur survie assurée.
La transparence des parois augmenta encore jusqu'à ce que tout se confonde, tout se mêle, tout s’unisse en un endroit et un moment. M. Clock glissait au milieu du courrier en fusion. Il pouvait toucher, sentir son flux postal puissant brassé par ses doigts palmés. De grands artefacts de formes parallélépipédiques se présentèrent à lui. Des inscriptions étranges sur leurs faces extérieures interpellèrent son esprit logique peu habitué aux coutumes terriennes :

« Courrier en retard 1973 » « Courrier en retard 1971 » « Morue aux fraises 1969 »

Clock entama une de ces analyses mentales qui font la réputation des Vulcains. Il tenta de trouver une corrélation entre le courrier, le retard et la morue aux fraises, le tout flanqué de coefficients qui étaient selon toute probabilité des années terriennes :
Hmm, Voyons… Prenons pour hypothèse que le papier soit fabriqué à partir d’extrait de morue, les fraises pourraient être en retard pour cette année 1970 puisque c’est un fruit de saison ; n’oublions pas la progression arithmétique entre les nombres 1969, 1971 et 1973… Ceci nous donne alors…
Un bruit déformé de voix humaine parvint aux oreilles pointues de Clock :
– Clock ! Ici le Capitaine ! Arrêtez de reluquer les filles et venez sur le pont, on a besoin de vous…
Clock n’entendit cette requête que d’une oreille pointue ; il sentait qu’il allait bientôt arriver à un résultat important :
Il semblerait donc que, tenant compte des ces artefacts comme des messages cryptés à l’attention d’une intelligence supérieure telle que la mienne, l’année 1969 soit déterminante pour le résultat, ainsi que… oui ! le lien entre le courrier et la morue aux fraises, c’est…
À ce moment précis le Yakitori émergea du Puits dans un bruit assourdissant et fut éjecté dans la direction d’une petite planète étrange. En forme de cube, elle était percée de fenêtres sur toutes ses faces et une enseigne clignotante trônait sur un de ses coins :

« Maison du Puits »

Le Yakitori s’écrasa piteusement contre une fenêtre du sixième étage, en plein milieu d’une salle de réunion vide. Le Capitaine sortit lentement par une écoutille, au milieu de la fumée de l’impact, bientôt suivi de Clock et de Soya. Un personnage ressemblant étrangement à Johnny Matlock les regardait d’un air ahuri :
– M’enfin ?!

Ultime Frontière

« Journal du Capitaine Matlock
Nous sommes actuellement dans une merde noire. Aspirés par un puits gravitationnel rempli de courrier en retard, écrasés sur une planète stupide en forme d’immeuble et confrontés à un personnage qui dit s’appeler Gaston et à le culot de me ressembler. Je me demande bien comment nous allons réussir à rentrer chez nous en moins de dix pages.
Je commence à regretter les Klingons… »

– Pourquoi me ressemblez-vous ? Vous n’avez pas le droit !
– M’enfin ! C’est vous qui me ressemblez !
– Je vois que nous sommes devant un problème cosmique ; il me faut l’aide d’un esprit supérieurement capable : Clock !
– Oui Capitaine ?
– Clock, comme vous le voyez, cet individu me ressemble et il prétend que c’est moi qui lui ressemble. Vous avez une solution ?
– Capitaine, vous vous ressemblez, c’est évident !
– Merci M. Clock. Vous m'êtes précieux. Cher sosie, savez-vous où nous nous trouvons ?
– Oahh z’êtes au journal de Spirou ! 'devriez enlever votre autobus sinon Prunelle va s’énerver et c’est encore moi qui vais prendre !
– Capitaine, je crois que nous devrions contacter ce Prunelle…
– M. Clock pourquoi cet individu prend-t-il le Yakitori pour un autobus ?
– Cette civilisation n'a certainement pas encore dépassé l’âge de l’autobus, Capitaine.
– Clock. Ne changez rien.
– Merci Capitaine. Nous devrions peut-être prélever des échantillons pour nos scientifiques : une civilisation de l'âge de l'autobus ne se rencontre pas si souvent...
– Laissez tomber, Clock.
– Oui Capitaine.
– Clock ?
– Capitaine ?
– Je voudrais rentrer chez nous.
– Je crois que la clé du retour se trouve dans le courrier en retard, celui de 1969, particulièrement. Je vais sonder cet autochtone, Capitaine.
– Allez-y. Moi je vais sonder Maki, j'ai besoin de réconfort.
M. Clock sortit son tricordeur et commença à inspecter Gaston :
– Je détecte des traces de morue aux fraises jusqu'au niveau sub-atomique...
– M'enfin ?!
– ... ainsi c'est bien vous le lien que nous recherchons ! Gaston de la planète du Puits, je sollicite votre assistance pour sauver le Yakitori et retourner dans notre plan d'existence : le Grand Sushi et le S.L.U.R.P. en dépendent ! Il nous faut retrouver le flux de courrier cosmique – il devrait se trouver à proximité d'une Fontaine Gravitationnelle Supra Discrète, après son absorption par le puits.
– Meuh ?
– Plein de courrier partout. Un gros tas. En retard - très en retard.
– Ahhh ! Ça doit être chez Jules-de-chez-la-planète-Smith-en-face, on s'échange des stocks de courrier grâce à la mouette.
– La mouette ? Une nouvelle entité subspatiale ?
– Boahhh, mais non ! C'est ma mouette, quoi...
– Je vais en parler au Capitaine, nous avons une piste.

L'attaque du clone

– Lieutenant Zulu, que fait ce crapaud sur le pont ?
– Je ne sais pas, Capitaine, des phénomènes étranges apparaissent depuis que nous sommes dans cette région de l'espace.
– Capitaine, nous nous approchons de la planète Smith !
– Alerte rouge !
– L'alerte rouge ne répond pas, Capitaine, sans doute une perturbation quantique...
– Débrouillez-vous, Maguro, je veux mon alerte ! battez ce crapaud si nécessaire...
– Le crapaud ? Très bien Capitaine.
– Maguro se dirige alors vers le crapaud et, d'un grand coup de pied vertical écrase le pauvre animal :
« CROUIIIIIIIIIIIII »
Clock observait la scène avec attention :
– Ingénieux...
Maguro relèva son pied ; le crapaud s'arrêta ; il recommença :
« CROUIIIIIIIIIIIII »
Il répèta l'opération plusieurs fois.
– Ça suffit, Maguro, ce n'est pas un jeu... Clock ?
– Oui Capitaine.
– Vous croyez qu'on va réussir a terminer cette histoire ?
– Il y a un rebondissement de dernière minute, Capitaine, je vous laisse la surprise.
– Je n'aime pas les surprises.
– Capitaine ! Une onde supra-discrète se dirige vers nous !
– Boucliers au maximum !
– Les boucliers ne répondent pas !
La paroi du pont se mit à onduler, une forme apparut dans le halo et un personnage chevelu avec un gros nez, un col roulé vert et une paire de lunettes noires se dirigea d'un pas mou vers le Capitaine Matlock :
– Gaston ! Que faites-vous là ?
Gaston tendit la main vers Matlock et pénètra sa peau qui se mit à miroiter. Il rentra tout son corps dans celui de Matlock qui hurlait :
– Nooooooooon !!!
L'être informe issu des deux protagonistes s'agita, remua frénétiquement, puis s'immobilisa. Zulu se précipita vers le Capitaine :
– Capitaine ! Ça va ?
– M'enfin ??
– Malédiction, Clock ! Notre Capitaine est possédé par un alien !
– Reprenez votre poste, Zulu, en qualité de premier officier scientifique, je prends les choses en main... Le cap, Capitaine ?
– Euh, faut que j'aille retrouver M'oiselle Jeanne, elle est au 1er étage, au service contentieux...
– Donc : coordonnées 12.3.54.6.22. Compris Monsieur Zulu ?
– Trajectoire Calculée, M. Clock.
– En avant ! Le Sushi nous attend...

Un nouveau Johnny Matlock se tenait dans le siège glorieux du Capitaine du Yakitori : un Matlock à la coupe de cheveux improbable, avec un gros nez et un col roulé sous l'uniforme de StarFlip.

Les voies du Sushi sont insondables...

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